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Ciel Voilé

Monsanto entre en Europe par l'Ukraine

29 Avril 2015, 12:10pm

Monsanto entre en Europe par l'Ukraine

L’accaparement de terres en Ukraine est la porte dérobée de Monsanto pour entrer dans l’Union européenne

20 avril 2015 Traduction Avic – Réseau International

L’Ukraine est devenue un Cheval de Troie pour pénétrer en Russie, un Cheval de Troie pour réintroduire le nazisme en Europe, et aussi un Cheval de Troie pour Monsanto. Une véritable écurie, écurie d’Augias qu’il faudra bien nettoyer un jour.

La quête de la légendaire terre noire de l’Ukraine est presque terminée. Au grand dam des agriculteurs Français, polonais, allemands, la société agricole multinationale Monsanto, ainsi que DuPont Pioneer et John Deere, ont tous fait pression pour l’accès au marché agricole le plus important en Europe de l’est. Cela va bientôt remodeler le marché des produits agricoles dans l’UE et cela signifie la ruine pour les agriculteurs européens.

En novembre 2013, la Confédération agraire ukrainienne a rédigé un amendement juridique au bénéfice des producteurs agricoles mondiaux en permettant l’utilisation généralisée des semences génétiquement modifiées. Passant au second plan dans les développements politiques dramatiques en cours, cette tournure des événements est passée presque inaperçue, bien que cela fasse un bon bout de temps que Monsanto faisait du lobbying sur le marché agricole de l’Ukraine. En 2007, l’ambassade américaine à Kiev a exigé que le gouvernement ukrainien prenne des mesures contre les vendeurs de « fausses » graines (c’est-à-dire, les producteurs en concurrence avec les sociétés transnationales).

Quand les cultures OGM ont été légalement introduites sur le marché ukrainien en 2013, elles ont été mises en place dans des proportions allant jusqu’à 70 % de tous les champs de soja, 10 à 20 % des champs de maïs et plus de 10 % de tous les champs de tournesols, selon diverses estimations. Ce qui équivaut à environ 1 million d’hectares de terres en culture OGM (ou 3 % des terres agricoles du pays). Laissons de côté pour l’instant la controverse sur les dangers des OGM en général, et considérons simplement comment l’accaparement du marché ukrainien par les multinationales agricoles américaines aura une incidence sur l’économie de l’UE.

Depuis le milieu des années 90 les ukrainien-américains à la tête de l’U.S.-Ukraine Business Council ont contribué à encourager le contrôle étranger de l’industrie agricole ukrainienne. Dans les deux ou trois ans, quand les dispositions pertinentes de l’ Accord d’Association entre l’Ukraine et l’UE entreront en vigueur, les efforts de lobbying de Monsanto vont transformer le marché ukrainien en une oligopole constituée de sociétés américaines.

Bien que les médias de Kiev soient noyés dans une rhétorique patriotique, il est peu probable qu’une figure héroïque émerge pour défendre le droit des nouvelles générations d’Ukrainiens à vivre et travailler sur une terre saine. Les normes intellectuelles du travail élaborées par l’Association ukrainienne du Grain, par exemple, la plus grande organisation cadre des paysans ukrainiens, sont exposées de manière éloquente dans son dernier communiqué de presse, qui ne nécessite aucun autre commentaire.

Dans les prochaines années, les producteurs agricoles augmenteront leur utilisation de la biotechnologie sous licence américaine, ce que l’Article 404 de l’accord d’Association avec l’UE quelque peu ambiguë qualifie de « best practices… pour des politiques agricoles ». Faire en sorte que les producteurs agricoles ukrainiens soient dépendants des graines qui ne sont disponibles qu’aux Etats-Unis fait partie d’une implacable campagne de Public Relation qui fait la promotion de la technologie OGM dans toute l’Europe, et qui brandit des mots-clés comme « l’innovation », « biotechnologie » et « Marché commun de l’UE. »

Dans les prochaines années, quand les addenda de l’accord d’Association de l’Ukraine avec l’UE entreront en vigueur, Monsanto compte sur une augmentation importante de la superficie des terres cultivées en OGM en Ukraine. Par la suite, ils vont commencer à jouer leur rôle de puissance coloniale, ratissant les bénéfices provenant des marchés émergents, même si l’Inde sait déjà que l’histoire ne finit pas toujours bien. La société avait été expulsée du pays il y a quelques années, après une épouvantable épidémie de suicides en masse chez les agriculteurs locaux, selon le Times of India.

En raison de déficits budgétaires et de leur dépendance à l’égard du FMI, les banques ukrainiennes sont maintenant fermement liées au financement extérieur. Les prêts du FMI et l’assistance de la Banque mondiale et autres organisations supranationales sont sécurisées par la riche terre noire de l’Ukraine, dans les faits, mais aussi au sens juridique. Les banques locales n’offriront des conditions de crédit favorables qu’aux agriculteurs qui accepteront d’utiliser les herbicides certifiés. Ceux qui sont évidemment fabriqués par Monsanto. La Société recevra un revenu régulier de cette précieuse terre noire, et ainsi jusqu’à sa stérilisation complète.

Une preuve supplémentaire que les investisseurs américains apprécient sincèrement la valeur de la terre noire de l’Ukraine peut être vue dans la récente acquisition d’une participation de 50 % par le Fonds d’investissement Siguler Guff & Co dans le Port ukrainien d’Ilitchevsk, qui se spécialise dans les exportations agricoles.

L’Ukraine contrôle un tiers de toutes les terres arables en Europe. L’introduction hâtive de la biotechnologie dans les pays en développement a conduit à des résultats déplorables visibles de manière évidente en Amérique latine et en Afrique. Mais les agriculteurs européens iront au fiasco beaucoup plus tôt. Leurs récoltes, qui sont produites par des travailleurs de l’UE où le prix du travail est tout à fait exorbitant, ne peuvent rivaliser avec l’afflux de produits OGM d’Ukraine.

Les agriculteurs polonais savent très bien où tout cela va mener. Ils ne peuvent pas gagner un combat juridique contre les avocats employés par ces géants multinationaux, et donc, en 2013, ils ont modifié leur tactique en faveur des manifestations de masse.

En revanche, les producteurs agricoles en France, en Allemagne et d’autres pays de l’UE semblent encore indifférents. En fin de compte, les agriculteurs européens, qui sont un peu éloignés de la vie politique, n’ont pas encore saisi que la méga propagande de Washington sur le « travail pour la démocratie en Ukraine » n’a qu’un seul objectif –lancer un autre lasso autour de l’économie européenne et de ses producteurs agricoles, les mettant à genoux.

Source : http://orientalreview.org/2015/04/06/land-grab-in-ukraine-is-monsantos-backdoor-to-the-eu/

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