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Ciel Voilé

La Cour des comptes pointe les errements et la gabegie de la filière nucléaire et de ses premiers de cordée

10 Juillet 2020, 08:03am

La Cour des comptes pointe les errements et la gabegie de la filière nucléaire et de ses premiers de cordée

Coordination antinucléaire Sud-Est - Jeudi 9 juillet 2020 20h


La Cour des comptes, en ce début juillet 2020, livre un rapport sévère et juste de l'échec opérationnel et financier du réacteur atomique EPR toujours en construction à Flamanville (Manche). Tout comme l'inutilité de poursuivre le programme de "grand carénage" des vieux réacteurs nucléaires délabrés. Sont mis en cause le processus, les méthodes, les financements et même les capacités techniques de la filière nucléaire et de EDF. Une dérive orchestrée par les premiers de cordée sortis de l'Ecole militaire Polytechnique et de l'Ecole des Mines formant la technostructure décisionnaire de la politique énergétique et militaire française. Des super-diplômés qui se sont affranchis allègrement de toute responsabilité, de l'intérêt commun, ont plongé copieusement la main dans les finances publiques du pays pour financer leur délires fous. Avec l'aval des représentants officiels de l'Etat sortis de l'ENA et de Sciences Po et en échappant à toute sanction ou poursuite judiciaire réelle. Une caste qui a pris le pouvoir et fait sécession du reste du pays.

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Le premier président de la Cour des comptes - Pierre Moscovici succédant à Didier Migaud - a présenté ce jeudi 9 juillet un rapport des plus critique sur la filière nucléaire et l'EPR (1). Les constats sont sévères et désastreux dans tous les domaines. Ceux d'un échec opérationnel, de processus de prises de décisions inorganisés, de méthodes inadéquates, de financements aléatoires, de conduite de chantier à la petite semaine (jusqu'en 2015 il n'y a pas de véritable équipe dévolue à la gestion du chantier) et de piètres capacités techniques, de gouvernance dans les nuages (le conseil d'administration ne délibère presque jamais sur le sujet et ne se saisit pas des messages d'alerte du comité d'audit) et de pilotage à vue. "Tout cela est en cause. Notre rapport analyse les faits et décrit cliniquement la chronique d'une dérive. C'est un rapport sévère, mais, je le crois, juste". Cette gestion minable et la perte de compétences avaient été mises en lumière  en octobre 2019 dans un précédent rapport (Jean-Martin Folz).

L'absence de transparence entre EDF et Areva, la concurrence effrénée entre les deux groupes nucléaires publics pour prendre le leader-ship de l'atomisme tricolore et profiter de positions avantageuses tant corporatistes que personnelles ont conduit à des stratégies différentes, à des rivalités que les gouvernements successifs de droite ou socialistes n'ont pas voulu arbitrer. L'Etat actionnaire, noyauté depuis plus de soixante ans par les élites technocratiques aux confortables rémunérations et avantages de toutes natures, s'est soumis à un corps de métier revendiquant contre toute réalité une expertise mondiale hors du commun.

Les relations de EDF avec l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) "pose également question". C'est le moins que l'on puisse dire alors qu'EDF n'a informé l'Autorité de problèmes importants de soudures de traversées qu'en 2017. Le  nucléariste en avait connaissance depuis 2013. Entre autres saloperies dissimulées (couvercle de réacteur impossible à monter car inatteignable, soudures défectueuses, dalles de béton à renforcer, mises aux normes post-catastrophe nucléaire de Fukushima envisagées au pas lent du chamelier).

EDF n'est, toutefois, pas la seule à blâmer et partage avec d'autre la responsabilité. Le rapport de la Cour souligne que les administrations concernées – telles que l'Agence des participations de l'Etat ou la direction générale chargée de l'énergie – n'ont « pas rempli leur rôle » d'évaluation et de suivi et qu'elles n'ont, en conséquence, pas alerté les ministres sur les différents aléas des chantiers. « Il n'est pas établi que les administrations de tutelle réalisent un travail d'instruction technique suffisamment approfondi pour éclairer les décideurs politiques » en matière de nucléaire civil et militaire, écrivent les magistrats.

 

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