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Ciel Voilé

Pourquoi la géo-ingénierie attire-t-elle la Chine ?

23 Mars 2013, 14:29pm

Publié par Ciel Voilé

 

Pékin veut réduire ses émissions sans nuire à sa croissance mais aussi éviter la révolte d'une population soumise à des évènements météorologiques extrêmes


Clive Hamilton - The Guardian - Le  22 Mars 2013 - Traduction Ciel voilé

 

Geoengineering-or-climate-006.jpg


L'une des solutions de la géo-ingénierie au changement climatique consiste à blanchir les nuages au-dessus de la mer en y  pulvérisant des gouttelettes d'eau de mer pour qu’ils réfléchissent davantage les rayons du soleil. Photo: NASA


Le dilemme politique de la géo-ingénierie entre une intervention délibérée et à grande échelle  sur le système climatique pour lutter contre le réchauffement global et l’atténuation de certains de ses effets,  sera peut-être plus aigu en Chine.


En décembre dernier, le pays a listé  parmi ses priorités de recherche en géosciences, la géo-ingénierie, un revirement remarqué dans le paysage international du changement climatique, par deux spécialistes de la Chine, Edney Kingsley et Jonathan Symons.


D'une part, la rapide croissance économique chinoise a provoqué une escalade massive de ses émissions de gaz à effet de serre, lesquelles ont dépassé, il y a 5 ans ( 2007) celles des États-Unis. La croissance soutenue du PIB fournit au parti communiste chinois sa seule justification de légitimité, son « mandat du ciel ». Les efforts déployés par la Chine pour limiter la croissance de ses émissions ont été considérables, et dépassent de loin ceux de nombreux pays développés.


Pourtant, les efforts de la Chine, et ceux des autres pays au cours des deux ou trois prochaines décennies  risquent de ne pas suffire à ralentir le réchauffement de la planète, ni à arrêter le dérèglement climatique qui s’en suivra. Les émissions mondiales n'ont ni baissé ni même ralenti. En fait, elles s'accélèrent. Même la Banque Mondiale, critiquée pendant des années pour sa promotion du développement intensif du marché carbone, avertit maintenant que nous sommes en bonne voie pour 4°C de réchauffement, ce qui changerait tout.


La Chine est très vulnérable aux pénuries d'eau dans le nord, à la baisse des rendements et à la flambée des prix agricoles, aux tempêtes et aux inondations dans l'est et le sud. Les catastrophes liées aux intempéries en Chine sont déjà une source majeure d'instabilité sociale, et Pékin craint à juste titre que les impacts du changement climatique dans les provinces ne renversent le gouvernement dans la capitale. Les catastrophes naturelles mettent en péril son mandat.


Alors, que peut faire le gouvernement chinois? Poursuivre la croissance des émissions de gaz à effet de serre est une condition de son maintien au pouvoir, mais le dérèglement climatique qui en résultera, menacera de le déstabiliser.


La géo-ingénierie séduit immédiatement comme un moyen de sortir de ce dilemme. Une variété de technologies pour capturer le carbone de l'air ou de « gérer » le rayonnement solaire sont à l'étude, pourtant, à l'heure actuelle, l'intervention de loin la plus probable consisterait à couvrir  la planète Terre d’une couche de particules de sulfate pour renvoyer une partie du rayonnement solaire incident.


La pulvérisation d’aérosols sulfatés pourrait masquer le réchauffement et le refroidissement de la planète en quelques semaines, mais ne résoudrait pas le problème de base : l’excès de dioxyde de carbone dans l'atmosphère et les océans.


Les scientifiques et les décideurs politiques en Chine ont suivi de près le débat sur la géo-ingénierie qui se déroule aux États-Unis et en Europe où il y a eu un boom dans la discussion et la recherche depuis la levée du tabou en 2006, par le prix Nobel Paul Crutzen appelant à la recherche d’un  « plan B ».


Aux États-Unis, plusieurs rapports de haut niveau plaident pour davantage de recherche sur la géo-ingénierie - le Conseil National de la Recherche, le comité pour la science et la technologie de la Chambre des Représentants et la «  Cour des comptes » américaine. D’influents groupes de réflexion Beltway, et le Bipartisan Policy Center, ont rejoint la mêlée. Le Plan B est en cours de discussion à la Maison Blanche ( John Holdren, 2009), et l'armée garde un droit de regard, et peut-être plus.


La décision de la Chine de lancer un programme de recherche pourrait être motivée par rien d'autre qu'une volonté de développer une capacité nationale à se tenir au courant de ce qui se passe dans le reste du monde. Certes, il y a une bonne dose de scepticisme à l’égard de la géo-ingénierie au sein de la communauté scientifique chinoise.


Pourtant, alors que le monde reste paralysé par l'ampleur de la crise du réchauffement, et attend des solutions, la capacité à mettre en œuvre une intervention d'urgence sera de plus en plus attrayante. Et dans une situation d'urgence mondiale - une sécheresse paralysante, l'Amazonie en feu, l’effondrement du Groenland, le regard se focalise sur l’urgence à l'exclusion de tout le reste, y compris les intérêts de nations moins puissantes dont la situation s’aggraverait si une grande puissance décidait de réglementer le système climatique terrestre.


Les pays occidentaux ne sont pas gouvernés par un parti étatique déterminé à se maintenir au pouvoir à tout prix, mais, la tyrannie du système économique n'est pas moins absolue. La crise financière de 2008 et ses suites ont montré que les structures de pouvoir qui sous-tendent le système - les banques, les marchés, les grandes entreprises et leurs liens avec le système politique - sont extrêmement résistants, peut-être tout aussi résistants au changement que le parti communiste chinois.


Après tout, quand il s'agit de répondre à tous les bouleversements climatiques, chaque rapport ou recommandation, le rapport Stern ou le GIEC, - suppose que les mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre tiennent compte de l'impératif premier : le maintien de la croissance économique, même si c’est elle qui intensifie les émissions de gaz à effet de serre.


Voici donc un scénario plausible pour 2035. Face à la révolte d'une population soumise à des intempéries extrêmes, le gouvernement chinois rechercherait le consentement du gouvernement des États-Unis pour refroidir la planète en pulvérisant des aérosols sulfatés dans la stratosphère. Les protestations populaires empêcheraient Washington d’approuver ce plan, mais accepteraient tacitement de ne pas abattre les avions de la Chine. Ce serait suffisant, le point de non- retour serait atteint.


Clive Hamilton, professeur d'éthique publique, Université Charles Sturt à Canberra et auteur de : «  Les maîtres de la Terre : L'aube de l'ère du génie climatique », publié par Yale University Press.


http://www.guardian.co.uk/environment/2013/mar/22/geoengineering-china-climate-change 

 

 

 

 

 

 

 

 

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TheNowaytogo 23/03/2013 21:57

C'est le Guardian qui se réveille dans un but d'attiser le choc des civilisation! La Chine ne se cache pas concernant ses pratiques de Géo ingénierie, ils ont une sorte de ministère du climat là
bas! D'aileurs pour remplir le barrage des 3 vallées ils ont utiliser des techniques hardcore qui ont en effet remplies le barrage mais aussi dévastée la zone avec des glissement de terrains
dantesques !

http://www.engineeringinchina.net/articles.html