Plomb de nos batteries "Vertes", ce recyclage qui empoisonne le Bangladesh
Plomb de nos batteries "Vertes", ce recyclage qui empoisonne le Bangladesh
France-Soir avec AFP Publié le 01 avril 2025 - 17:54
Il a 12 ans, mais sa petite taille n'en suggère guère plus de 8. Comme la plupart des enfants de son village, Junayed souffre d'empoisonnement au plomb, un mal aussi silencieux que redoutable qui inquiète les autorités du Bangladesh, sans pour autant trop tracasser cette Europe "Verte" qui nous pousse tous les jours un peu plus au tout électrique.
Assis sur une chaise en plastique, il promène son regard vide dans la cour de sa maison de Lalbari, à deux heures de route au nord de la capitale Dacca. De l'affection qui le ronge, il ne dit pas un mot.
Drapée dans un impeccable sari tacheté de bleu et de vert, c'est sa mère qui en parle.
"A partir du CE2, il ne voulait plus nous écouter, plus aller à l'école. Il pleurait beaucoup aussi", raconte Bithi Akter, 26 ans. "Le docteur n'a pas pu nous dire de quoi il souffrait. Après sa prise de sang, on a compris que c'était lié au plomb".
Les résultats sont sans appel : 11 microgrammes de plomb par décilitre de sang. Deux fois plus que le seuil (5 µg/dL) à partir duquel l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) juge que ce métal peut affecter le développement d'un enfant.
Les campagnes de tests menées ces dernières années au Bangladesh ont montré que le cas de Junayed était plus que monnaie courante.
Dans ce seul pays, 60 % des enfants, soit plus de 35 millions, affichent des taux de plomb dangereusement élevés. Et pour l'essentiel (86 %), ce poison invisible provient des usines informelles de recyclage des batteries électriques arrivées tout droit de ce bon occident qui veut tout décarboner à grand coup de batterie.
Dans un rapport de 2023, le fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) et l'ONG Pure Earth ont recensé sur toute la planète 815 millions de victimes d'empoisonnement au plomb, citant la peinture, les jouets ou les ustensiles de cuisine comme autres sources de contamination... Mais ce n'est pas chez nous.
La suite :
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