Guerres économiques mondiales - le cas Airbus et la prise de contrôle de Gemplus 4/6
Anne Philippe pour France-Soir Publié le 07 août 2025 - 10:00
Le mois d’août, nous vous proposons une série quotidienne consacrée à un enjeu majeur mais souvent méconnu : la guerre économique mondiale avec les stratégies d’espionnage qui l’accompagnent.
Anne Philippe nous dévoile les logiques de domination économique à l’œuvre entre grandes puissances, avec un éclairage particulier sur les relations troubles entre les États-Unis et Israël, l’influence croissante des services de renseignement dans les décisions économiques, et l’effacement préoccupant de l’Union Européenne face à cette dynamique.
À travers les faits et une lecture géopolitique rigoureuse, cette série vise à dévoiler les rouages d’un affrontement invisible, où les intérêts économiques, les technologies sensibles et les données stratégiques deviennent des cibles.
Retrouvez-nous chaque jour de la semaine de ce mois d’août pour une nouvelle publication éclairante.
Suite des parties 1 (L’explosion des Nord Streams et la crise financière de 2008), 2 (la déstabilisation d'Atos) et 3 (La cession du pôle énergie d’Alstom à General Electric)
Partie 4 - Le cas d’Airbus
En 2017, des nuages noirs se sont amoncelés au-dessus d’Airbus empêtré dans plusieurs enquêtes sur des soupçons de corruption. Un audit interne, confié par Tom Enders (surnommé dans les notes de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur français « Le Cheval de Troie » pour entre autres son attachement inconditionnel aux États-Unis et à son service de renseignement) à un cabinet d’avocats new-yorkais, Hughes Hubbard & Reed, a menacé le groupe d’une prise de contrôle discrète US.
En effet, la loi américaine impose à tout cabinet d’avocats US qui aurait connaissance d’irrégularités chez ses clients d’en informer la justice américaine.
Comme l’a mentionné son Président, l’Allemand Tom Enders, Airbus est sous le feu des médias et de la justice avec plusieurs enquêtes ouvertes portant sur d’éventuelles irrégularités dans des contrats de ventes d’appareils civils et militaires.
On imagine mal pourtant comment Airbus aurait pu éviter de passer par la case « lourdes pénalités financières US » en soumettant tous ses documents internes liés à la conclusion de contrats de ventes sur lesquels la direction du groupe avait émis des soupçons. La stratégie visant à aller au-devant de la justice européenne, soi-disant pour éviter des poursuites américaines, est mise au compte de l’Anglais John Harrison. Cet ancien du groupe Airbus l’avait quitté quelques années auparavant pour rejoindre Technip, un fleuron français de l’ingénierie pétrolière, avant de revenir chez Airbus en 2015. Le nom de John Harrison, est associé à la fusion de Technip, à la suite de déboires avec la justice US, à 50/50 avec l’américain FMC pourtant trois fois plus petit que lui, et a installé par la suite le siège du nouvel ensemble à Londres.
Pour certains, la prise de contrôle US d’Airbus a en réalité déjà commencé en juillet 2016 avec notamment la nomination de l’Américain Paul Eremenko à la direction technique du groupe. Paul Eremenko avait préalablement effectué une partie importante de sa carrière au DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), l’agence du Pentagone. De même, on peut s’interroger de la vente à cette époque de la division d’électronique de défense du groupe au fonds américain KKR dirigé par l’ancien directeur de la CIA, le général David Pétraeus.
On notera également qu’Airbus a fait appel à Palantir, financé par la CIA, pour réduire les coûts de l’A350 tout comme Stellantis qui a fait appel à Palantir pour qu’il déploie son logiciel visant à accélérer la transformation numérique du groupe automobile.
La prise de contrôle de Gemplus
L’École de Guerre Économique (EGE) identifie certains fonds d’investissements américains (Blackstone, One Equity, BlackRock, KKR, Carlyle….) comme « outil de prédation financière contribuant à l’affaiblissement des économies concurrentes… notamment à travers la prise de participation et le rachat d’entreprises stratégiques, ainsi que par le rapatriement de leurs technologies sur le sol américain ». L’EGE constate notamment qu’une entrée au capital de ces entreprises est « généralement réalisée de gré lorsque l’entreprise cible traverse des difficultés financières » plus ou moins opportunes.
La suite :
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