Justice menacée et injustices
Traduction
Je constate une tendance croissante des États puissants à recourir à des mesures coercitives. J'ai déjà mentionné qu'un mandat d'arrêt avait été émis à mon encontre, ainsi qu'à celle d'autres juges, par la Fédération de Russie ; j'ai depuis été condamné par contumace à 15 ans de prison par ce même État pour avoir demandé des mandats que des juges indépendants avaient délivrés sur la base des éléments de preuve. Vous avez raison : si mon prédécesseur a fait l'objet de sanctions pendant quelques mois, j'ai été, pour ma part, la première personne sanctionnée par le président Trump en février 2025, et je me suis retrouvé bien seul pendant plusieurs mois.
J'étais le seul visé au départ ; ce n'est que plus tard — je crois vers les mois d'août ou septembre — que certains juges et députés ont également été sanctionnés. J'estime que ces mesures sont injustifiées. Les gens cherchent à servir l'intérêt public ; certains y parviennent mieux que d'autres, mais utiliser la puissance de l'État pour exercer des pressions ou intimider est extrêmement dangereux.
Nous observons cette même tendance au niveau national dans certains pays, à l'égard de procureurs ou de procureurs généraux ayant servi sous des administrations précédentes. Nous voyons des menaces peser sur des rapporteurs spéciaux des Nations unies, comme Francesca Albanese, sur des juges de la CPI ou sur moi-même. Les médias évoquent des sanctions et des mesures ciblées contre d'autres personnes qui ont simplement un point de vue différent — un point de vue qui, dans la plupart des cas (et c'est certainement vrai pour moi comme pour la CPI), ne procède ni de la malveillance, ni de la partialité, ni d'une quelconque antipathie envers un peuple ou une personne en particulier.
Il s'agit simplement d'assumer ses responsabilités : examiner les preuves et le droit, puis appliquer ce droit de manière équitable et impartiale — avec la même équité, par exemple, en Palestine et en Israël qu'en Ukraine et en Russie, ou encore en Afghanistan et au Myanmar, pour ne citer que ces exemples. Infliger des souffrances n'est pas une conséquence imprévue, c'est le résultat recherché ; en effet, comme l'ont révélé des sources publiques — avant même l'entrée en fonction de l'actuelle administration américaine —, douze sénateurs ont écrit ceci : « Si vous vous en prenez à Israël, nous nous en prendrons à vous et à votre famille. Vous voilà prévenus. » C'est une citation quasi textuelle ; on peut donc dire que, sur ce point du moins, ils sont sincères et ont tenu parole, car la Cour dans son ensemble a effectivement été prise pour cible — une attitude que je déplore. Cela sape l'autorité morale des États et divise la communauté internationale.
En fin de compte, cela nous rapproche de conflits toujours plus nombreux, car si nous n'avons pas le droit, que nous reste-t-il ?
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