La russophobie en Europe
Traduction ci-dessous
Pourquoi les Britanniques en sont-ils venus à détester les Russes ? Pourquoi ? Je peux vous répondre, car j'ai publié hier un ouvrage sur la russophobie en Europe. Dans le premier chapitre, je relate une étude remarquable, réalisée en 1950 par un historien nommé Gleason. Il y pose une question percutante, qui demeure tout à fait pertinente aujourd'hui.
Il rappelle qu'en 1815, lors de la bataille de Waterloo, la Grande-Bretagne et la Russie étaient alliées. Vingt-cinq ans plus tard, elles étaient devenues ennemies. Que s'est-il passé ? Pour le comprendre, il a épluché les *Hansard* — les comptes rendus officiels des débats parlementaires. Il a passé en revue tous les documents publiés ; il a tout lu, y compris chaque intervention faite à la Chambre des communes. Il a analysé chaque discours. Sa conclusion, dans ce livre passionnant, est que le crime majeur de la Russie réside dans son étendue : 17 millions de kilomètres carrés. Voilà son plus grand crime.
Pourquoi dis-je cela ? Parce qu'avec ses 17 millions de kilomètres carrés, la Grande-Bretagne s'est mise en tête que la Russie était si vaste qu'elle en devenait une menace pour l'Empire britannique aux Indes — une idée qui, soit dit en passant, n'a jamais effleuré l'esprit du tsar. Mais les Britanniques se sont laissés gagner par une véritable frénésie.
Dès 1840, la Russie était devenue l'ennemie. En 1853, Palmerston — l'impérialiste par excellence — a déclenché la guerre de Crimée. Pourquoi ? C'est une longue histoire, mais, pour faire simple, il s'agissait d'écraser la Russie.
Pourtant, en 1852, la Russie avait proposé de résoudre tous les différends ; il n'y avait aucune raison valable pour un conflit. Mais Palmerston a répondu : « En marche vers Sébastopol. »
Son objectif était de réduire la Russie à néant, afin qu'elle ne puisse plus menacer l'Empire britannique. S'en est suivie une guerre sanglante de trois ans : la guerre de Crimée. Voilà à quel point nous étions « pacifiques »...
Et n'oublions pas qu'en 1945, quelques jours seulement après la capitulation de l'Allemagne, Churchill a demandé à son état-major : « Pourquoi ne pas envahir l'Union soviétique dès maintenant ? » C'est ce qu'on a appelé l'« opération Impensable » (*Operation Unthinkable*). Et elle est devenue une ennemie des États-Unis d’Amérique lorsqu’elle a pris la relève de l’Empire britannique en 1945. Puis, au moment de la dissolution de l’Union soviétique, la paix pour le siècle à venir était à notre portée, si nous l’avions voulue.
Car les Russes étaient épuisés par 75 années de bolchevisme. Ils aspiraient à la paix. Ils souhaitaient la coopération. Ils recherchaient l’amitié. Or, les stratèges américains ne pensaient qu’à une chose : la Russie est vaste ; il faut donc veiller à ce qu’elle demeure une puissance de troisième ordre. Il a alors été décidé d’encercler la Russie par le biais de l’OTAN. Et, à force d’agir ainsi, on finit par aboutir à la guerre en Ukraine. Ce n’est pas la guerre de Poutine.
C’est notre guerre, exactement pour les mêmes raisons que celles qui ont poussé Palmerston et Napoléon III à déclencher la première guerre de Crimée ; car la Russie n’a pas le moindre intérêt à envahir l’Europe. Elle n’en a d’ailleurs jamais eu, si ce n’est lorsque Napoléon, puis Hitler, sont venus la contrarier.
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