L’aide médicale à mourir signe la fin de la fonction soignante des médecins
Commençons par une histoire : mon ami P. souffrait d’un cancer depuis longtemps, brusquement aggravé ; suivi dans un des deux meilleurs centres parisiens, il a bénéficié de toutes les thérapeutiques disponibles : radiothérapie, hormonothérapie et chimiothérapies. Les deux dernières années de sa vie ont consisté en une succession de périodes de soins douloureux et invasifs, empêchant presque toute vie sociale, amicale et d’examens d’imagerie, de dosage de marqueurs, de plus en plus négatifs. Les consultations clôturant une séquence thérapeutique se terminaient immanquablement par une nouvelle proposition thérapeutique. La lutte contre le Mal ne connaissait aucune trêve. Intensité du combat contre la tumeur occultant le soin de la personne. Ainsi ce ne fut que grâce à un ami attentionné et lui-même souffrant des reins qu’il fut envoyé d’urgence en urologie, un rein avait été nécrosé à la suite d’une radiothérapie trop invasive et il fallut l’opérer d’urgence. Mais l’oncologue n’était pas urologue et n’avait rien conclu des analyses médicales pourtant compréhensibles même pour un profane.
Enfin, clopin-clopant la maladie progressait. Heureusement accompagné, soutenu, aimé par sa femme et son fils, mon ami put profiter malgré tout de ces années de vie amoindrie. Bientôt j’allai le voir chez lui plutôt que de déjeuner avec lui au restaurant, dans son jardin d’abord, puis sur le canapé de son salon, puis dans la chambre qu’il ne pouvait plus quitter, enfin dans un lit médicalisé avec un service de soins palliatifs à domicile. Je pense qu’il se déplaçait encore de sa chambre à son salon et de celui-ci à son jardin quand il m’apprit que désormais c’était terminé, l’oncologue (je ne sais pas le combientième oncologue de ce service prestigieux où se succédaient de jeunes chefs de clinique avant de partir exercer ailleurs) lui dit, « je vous adresse au médecin chargé des soins de soutien. » Le soutien fut à la hauteur : « Bonjour Monsieur, j’ai reçu votre dossier. Alors qu’avez-vous prévu pour votre fin de vie ? » -
La suite :
/image%2F1416990%2F20220903%2Fob_da6312_logo-2022-2.jpg)
/image%2F1416990%2F20250520%2Fob_02b726_duralex-i-copie.jpg)
/image%2F1416990%2F20250519%2Fob_ea5ac4_joel-saget-afp.jpg)
/image%2F1416990%2F20250517%2Fob_616aee_image-framework-16.png)
/image%2F1416990%2F20250513%2Fob_b20918_image-framework-89.jpg)